mars 29, 2018

La French Tech veut généraliser un outil de partage de la valeur

Le 23 mars 2018 – 

Alix de Sagazan a répondu aux questions de Guillaume Bregeras, journaliste pour le support Les Echos dans le cadre de la mise en place des bons de souscription de parts créateur d’entreprise (BSPCE). Quels sont les avantages ? Plusieurs start-up et entreprises ont pris la parole sur le sujet.

The Galion Project publie un kit qui explique comment les startup peuvent mettre en place des bons de souscription de parts de créateur d’entreprise (BSPCE). Elles seraient déjà plus de la moitié à en faire profiter leurs salariés.

Depuis dix ans, les histoires se multiplient. Lors de la revente de StickyAds.tv à Comcast , de Withings à Nokia ou lors de l’introduction en Bourse de Criteo ou de Talend , des dizaines de salariés ont empoché plusieurs millions d’euros. De quoi acquérir un bien immobilier ou lancer sa propre start-up comme ce fut le cas pour Limonetik ou Howtank , créées dans la foulée de la revente de Price Minister à Rakuten.

A l’origine de ces opérations, les bons de souscription de parts de créateur d’entreprise (BSPCE), un outil mal connu qui permet aux entrepreneurs d’intéresser leurs salariés au succès de leur entreprise. Et que The Galion Project veut déployer à l’ensemble de la French Tech à travers un kit pratique qu’il publie ce mercredi 21 mars. « Lorsque j’ai revendu ma première entreprise Cirpack à Thomson, des dizaines de salariés se sont partagé une enveloppe de 7 millions d’euros, se rappelle Fred Potter, fondateur de Netatmo et corédacteur du kit. Lorsque j’ai fondé Netatmo, il ne faisait pas l’once d’un doute qu’il fallait que cela concerne tout le monde dans l’entreprise. »

Aligner les intérêts au sein de l’entreprise

De manière pratique, cette alternative aux actions gratuites ou aux stock-options se destine aux entreprises de moins de quinze ans d’âge, en forte croissance et dont le capital est détenu par des personnes physiques à hauteur d’au moins 25 %. C’est un mécanisme transitoire , avant un rachat par exemple, qui permet « d’aligner les intérêts de tout le monde dans l’entreprise, estime Jean-David Chamboredon, coprésident de France Digitale et président du fonds ISAI. Il y a de plus en plus d’histoires qui rendent cet outil crédible et je croise de plus en plus de start-up qui veulent l’appliquer à l’ensemble de leurs salariés. »

Un outil pour le recrutement

Car cette pratique, si elle paraît logique et saine dans la perspective d’un meilleur partage de la valeur, ne s’est pas encore imposée totalement dans l’écosystème.

« Au début, nous étions discrétionnaires sur la distribution de BSPCE, avoue Alix de Sagazan, PDG et cofondatrice d’AB Tasty. Mais lors de notre dernière levée de fonds en 2017, nous avons réservé une poche de 10 % du capital à répartir aux 200 premiers employés. » La jeune pousse n’en compte que 150 pour le moment, et cet outil s’avère une arme redoutablement efficace lorsqu’il s’agit d’ attirer des talents en provenance de grands groupes, plus généreux en salaires.

« Cela m’a permis de convaincre certaines personnes de nous rejoindre en leur expliquant que c’était une forme de stock-option à la française, se rappelle Sacha Loiseau, fondateur de Mauna Kea Technologies, désormais cotée sur Euronext.

Un risque nul pour les salariés

Pour rendre cette action tangible, les salariés doivent la céder. Ils peuvent le faire à certains moments précis déterminés en amont, comme lors d’une levée de fonds ou la revente de la start-up par exemple. […]Et en fonction du moment où le salarié active ses droits, il est soumis au régime simplifié de la « flat tax », en vigueur depuis le 1er janvier 2018. Imaginé par Croissance Plus et mis en place par Dominique Strauss-Kahn à la fin du siècle dernier, ce mécanisme plafonne avec 68 % des start-up françaises, selon EY, qui l’utilisent.

Et lorsqu’il s’agit de l’appliquer à l’ensemble des salariés, seuls 45 % des adhérents de The Galion Project l’appliquent. Pourtant, Index Ventures, l’un des fonds stars de la Silicon Valley, estimait dans une étude parue en 2017 que, grâce aux BSPCE, la France était le deuxième pays le plus attractif au monde pour séduire les talents tech, juste derrière le Royaume-Uni, mais au même niveau que les Etats-Unis.

« C’est aussi une question culturelle, admet Alix de Sagazan. Lorsque votre entreprise s’américanise, c’est plus simple, tout le monde comprend de quoi on parle. »

 

Un message de simplicité qui devrait inspirer les générations d’entrepreneurs à venir : « C’est le moyen de partager les bénéfices de notre aventure avec ceux qui l’ont accompagnée, résume Séverine Grégoire, cofondatrice de Monshowroom et de Mesdocteurs.